Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 13:07

    



    Disputable. Problématique, où il y a des raisons de part et d’autre. Cette question est disputable, on peut soutenir le pour et le contre.

 

         Disputer. Se dit aussi en choses spirituelles et morales. Les Théologiens ont de tout temps disputé entre eux sur les questions de la grâce. On dispute aujourd’hui en Sorbonne, pour dire, on y soutient quelque chose.

 

 

Ce matin, écoutant les uns et les autres (entendons les experts) sur les frasques du parti socialiste français, l’idée m’est venue, comme souvent lorsque je ne comprends goutte aux propos soumis à mon oreille sourcilleuse, d’appeler le Furetière à mon secours. J’en ai extrait les définitions ci-dessus afin de me convaincre que décidément, ce qui fait défaut au parti incriminé, c’est une thèse susceptible de susciter une disputatio dont chacun sortirait, si ce n’est comblé, tout au moins satisfait d’une prestation prouvant le travail sérieux de sa pensée. Hélas ! Si peu de travail, conséquemment si peu d’abnégation de la part de celles et ceux qui ont cependant l’outrecuidance de clamer haut et fort qu’ils représentent encore le citoyen ordinaire qui n’en peut mais, quant à lui, de cette « démocratie participative », agitée devant ses yeux, sans que sa cervelle, bien entendu, soit également, en priorité, devrais-je dire, conviée à la fête ! Nous assistons à la déroute d’une gauche, dont Mitchels dénonçait, dans Les partis politiques, l’extrême propension à se retrouver prise au piège des lois d’airain. Mais, que faire lorsque la victime, magistralement, consent ?

 

 

De même que les femmes battues éprouvent quelque difficulté à entendre le discours de l’expert qui questionne leur adhésion plus ou moins volontaire à un ordre des choses qu’elles devraient a priori dénoncer, les socialistes français, aujourd’hui comme hier, n’admettent pas que certaines défaites méritent toute l’attention requise afin de les expliciter. Trop de travail, sans doute…

 

 

 

 

 

 

Par barouk - Publié dans : "connais-toi...sauf toi-même..."
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 /11 /Nov /2008 12:31



Soccorso ! Soccorso ! Le point d’exclamation est italien. Evidence violente comme cette langue que je comprends un peu, juste assez pour saisir, évidence encore, Monteverdi, interprété par Seefried et Schwarzkopf. Il est de ces jours embrumés d’une langue maternelle, le français en l’occurrence, dont on aimerait oublier la carnation afin de se repaître sans frein d’une autre clarté, d’une autre vigueur. J’envie ces enfants en délicatesse avec la confiance, qui, tout entiers se livrent aux sonorités étrangères qu’ils inventèrent une nuit, au sortir d’un cauchemar important dont ils eurent immédiatement certitude qu’il reviendrait, et dont ils parvinrent à fuir l’assiduité à venir en  jargonnant éperdument, jusqu’à ce que le verbe, leur secret désormais, les confie à nouveau au sommeil.

 

Babel è morta ! Ô combien le regrettons-nous, nous qui sommes réfractaire à l’anglais ! Mais nous reconnaissons volontiers la puissance d’un Faulkner :

 

« On dirait que l’homme peut tout supporter. Même ce qu’il n’a pas fait. Même l’idée qu’il n’en peut supporter davantage. »

 

Puis, Toni Morrison :

 

« Ella était une femme pratique, qui croyait à l’existence d’une racine à mâcher ou à éviter pour chaque maladie. La cogitation, comme elle l’appelait, embrouillait les choses et empêchait l’action. Personne ne l’aimait, et elle n’eût pas aimé l’être non plus, car elle considérait l’amour comme une infirmité grave… »

 

 

 

         Parvenue au carrefour, elle prit à gauche. Moins parce qu’il le fallait afin de suivre quelque hypothétique itinéraire qui lui eût permis d’atteindre un but non moins hypothétique, que pour la beauté du geste, comme on dit. Car gauche recèle toujours lumineuse maladresse de l’écart, ce « non ! » à l’ordre des choses.

 

 

         L’homme est peut-être cette porte qui, bien trop tard, prit conscience qu’il lui eût été nécessaire d’huiler ses gonds. Ou pas. Les circonstances, tout de même… Les circonstances.

 

 

 

 

Par barouk - Publié dans : "connais-toi...sauf toi-même..."
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Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 12:58

 

 

         Sérieuse absolument sous le casque jaune, la demoiselle manie par ma foi  adroitement la scie électrique. Beaucoup de bruit. Tandis que la scène m’oblige à ralentir le pas, - il n’est pas si fréquent de voir travailler des femmes sur des chantiers d’hommes-, un collègue de la dame, sous le même casque jaune, hoche la tête et lève un pouce, tout en orientant son regard vers celle qui a retenu mon attention. Je lui envoie un sourire tout de joyeuse connivence et passe mon chemin. J’ai cru un instant visionner une séquence extraite de ces téléfilms américains où des jeunes femmes à la plastique irréprochable tentent, alors qu’elles s’agitent dans des espaces dévolus au masculin, de faire valoir leur point de vue. Pas facile, en général. Et l’on se demande bien pourquoi.

 

 

         Me voici désormais dans une librairie. Deux jeunes filles papillonnent entre les rayons, tout en conversant de manière quelque peu ostentatoire. L’une d’entre elles s’arrête soudain devant un ouvrage d’art primitif africain et s’exclame :

 

         « Je n’aime pas ce genre-là ! Et puis d’abord, qu’est-ce que ce bouquin fait en ethnologie ? « Art primitif, ça veut dire quoi ? »

 

         A mon humble avis, cette étudiante a totalement « craqué », ou devrais-je dire « kiffé » ?, pour la formule chiraquienne « art premier ». Sa collègue, cependant, ne s’en laisse pas conter, qui lui rétorque :

 

         « Moi, ça ne me dérange pas. Si c’était un livre sur les Anglais, aurais-tu la même réaction ? »

 

         La petite blonde, un tantinet désorientée, clame un oui que je devine équivoque. Réponse de l’autre, dont je me dois ici de préciser qu’elle est noire :

 

         « Je ne crois pas… ». Oups ! Pas de pitié pour la copine qui essaie de s’en sortir en imaginant la couverture du bouquin sur les Anglais qu’on vient de lui lancer en pleine figure :

 

         « Mais si, je t’assure ! Tu vois, genre, un Anglais avec une tasse de thé à la main. Tous les Anglais ne sont pas comme ça ! »

 

 

         Les deux amies finiront par feuilleter ensemble le « corps du délit ». Ouf ! Il ferait beau voir qu’en ces temps d’Obamamania, l’on soit pris en flagrant délit de racisme, à l’envers, qui plus est.

 

Par barouk - Publié dans : exotique ordinaire
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Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /Nov /2008 14:13


         Enthousiasme. Morosité. Affects par lesquels passe l’humanité tout entière, ou presque, depuis l’élection, le 5 novembre dernier, de Barack Obama. Merveilleuse tout de même que scandaleuse humanité ! Heureuse de voir avec quelle élégance la famille d’un homme incarnant à lui seul la multiplicité culturelle s’est présentée aux électeurs. Michelle, Barack et leurs deux petites filles, dans un halo de sérénité non feinte. Malheureuse, en quelque manière, de réaliser que tout cela, presque inconditionnellement soutenu par la finance mondiale, pourrait peut-être ouvrir des perspectives  jusqu’ici inédites. Je soupçonne tout particulièrement une certaine gauche, celle croyant encore à la politique du pire, de ne pas se réjouir de ce vote du citoyen des Etats Unis. Pas de panique, cependant ! Nous apprenons la recrudescence des ventes d’armes depuis ledit vote, sous prétexte que le nouveau président aurait envisagé la possibilité de restreindre l’accès à ce type de bien de consommation. Nous vivons décidément une époque on ne peut plus formidable ! Mais, que le petit blanc, et protestant, se rassure : hors de question pour Obama d’abolir la peine de mort ! Ouf !

 

         «    Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j’ai dans l’esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toutes choses par rapport à l’argent, il est à peine possible d’établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère ; à moins que vous n’estimiez juste que les meilleures des choses reviennent aux pires des gens, ou que vous ne jugiez heureux que tous les biens se partagent entre les gens les moins nombreux, et sans même que ceux-ci s’en trouvent entièrement satisfaits, alors que les autres sont dans la dernière misère. » 

 

         Sur l’île sans lieu envisagée par Thomas More, il se pourrait bien que nous dénichions le seul coquillage qui, pressé contre une oreille  attentive, ne ferait entendre rumeur de la mer, mais un chant, celui-là même qui réunit les « damnés de la terre », leur laissant entendre, et ils l’entendirent, la possibilité du soulèvement. Et ils se soulevèrent. Et ils virent l’Île, sachant qu’ils ne devraient jamais l’atteindre. La force de Barack Obama réside sans nul doute en ce renouement, cette reconnexion avec le chant, celé dans un coquillage, sur Utopia. Pour cela, le remercier. Cela étant, n’est-il pas, hélas, hautement improbable qu’il parvienne à faire que le meilleur aille aux meilleurs, sachant que les modalités d’évaluation du meilleur et du pire, des meilleurs et des pires, sont pour le moins compromises. Pour longtemps, je crois. Pour longtemps…

 

 

         « Une lutte convulsive entre les deux pouvoirs s’alluma alors en moi : l’un voulait que je reprenne des forces pour renouveler le sacrifice, l’autre aspirait à un repos auquel les souffrances traversées lui donnaient quand même droit ! »

 

 

         Ô combien grande, parfois, est la tentation de ne plus écouter que sa fatigue et de ne plus réclamer que la chaise sur laquelle s’asseoir, à moins de la placer entre soi… et l’abîme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par barouk - Publié dans : printemps, toujours
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Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /Nov /2008 17:09




Je suis allée faire un tour sur quelques blogs, et me voici de retour sur le mien, de blog, ayant l'étrange impression d'une commuication tronquée, ou bien fortuite, ou bien encore sans véritable objet. Sur cette terre, combien sommes-nous à avoir quelque chose à dire? Tous, nous disons des choses, nous parlons. Oui. Mais, disons-nous quelque chose? Pas sûr. Car il en est de la parole comme de la nourriture: rares sont les moments où, l'une et l'autre nous sustentent vraiment. Nous parlons, mangeons. Rien de plus. Un bon livre? Nous n'en retiendrons que quelques lignes. Un climat? Peut-être. Retour à la parole. Nous la mangeons. Quant à la nourriture, nous en parlons. A chaque fois que je consomme des pâtes, quelle que soit la manière dont elles sont cuisinées, je m'écrie: " j'aime les pâtes!". Une parole profonde m'incite au silence. C'est tout.



Radieux ! Le silence… Installé dans la pièce presque ombre, presque lumière, presque tranquille, tranquille, tranquille… La geste du repos : peau à même clarté d’un drap sans pli, longuement repassé ; blancheur dispose. Sacre d’un jour à l’abri, derrière les volets. Miracle nacré. Patience d’un jour sur un corps, sans bruit, exprimant son accord avec le chat qui dort, les murs rayonnant de pure attente, avec l’instance intactile qu’étonne pareille aisance. A l’entente de toutes choses, ce jour, consacré.

 

La mère brode réveil de l’enfant, tout à l’heure, juste avant que jour rompe avec le jour. Cousant, tout en rêvant d’éclats sous la mer et d’un corps, le sien, île sous la mer. Rêvant du vivant que lassitude apprivoise, elle relève le défi, une fois encore. La dernière. Aileron noir orienté vers sa fin, elle sombre, ample, sous le regard des lumières de crépuscule et d’aube. Expirant sous la mer.

 

Par barouk - Publié dans : "Dieu gît dans les détails"
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